Frères et sœurs : arbitre ou facilitateur ?
- Morgane Luguern

- 21 août
- 3 min de lecture

« C'est mon jeu ! »
« Mais tu me l'as pris ! »
« Maman ! Il fait exprès ! »
À peine un conflit terminé, un autre commence.
Pendant les grandes vacances, les enfants passent beaucoup plus de temps ensemble. Les occasions de rire se multiplient, et les désaccords aussi.
Avec eux revient une question familière: faut-il intervenir ? Et si oui, comment ?
Notre premier réflexe est souvent de trancher.
« Rends-lui son jouet. »
« C'est toi qui as commencé ? »
« Chacun dans sa chambre ! »
Sur le moment, notre intervention peut apaiser la situation. Seulement, quelques minutes plus tard, un nouveau conflit éclate, parfois sur un tout autre sujet.
Eh oui ! On a posé un couvercle sur la casserole… sans éteindre le feu dessous.
C'est d'ailleurs pour cette raison que le réflexe de l'arbitre est si tenace. Il ramène le calme aussitôt. Pour autant, il n'offre aucune alternative aux enfants.
Et si le véritable enjeu n'était pas de décider qui a raison, mais d'aider les enfants à apprendre à régler leurs différends eux-mêmes ?
Observer avant d'agir
L'approche de Thomas Gordon propose ici un repère simple,
la fenêtre du comportement.
Et une première question à se poser avant même d'intervenir :
à qui appartient le problème ?
Quand deux enfants se disputent, le problème est souvent le leur. Ce sont eux qui vivent la difficulté, chacun avec ses besoins, ses émotions, son point de vue. Il arrive bien sûr que le conflit déborde avec des cris, coups, danger, et ou toute la maisonnée est embarquée dans la tempête; et là, le problème devient aussi celui du parent, qui peut poser une limite claire.
Cependant, dans beaucoup de situations, nous pouvons troquer notre casquette d’arbitre contre celle du facilitateur.
« Je veux continuer à construire mon château ! »
Imaginons la scène.
Deux enfants, une boîte de personnages, et le ton qui monte.
« Tu m'as pris les personnages ! »
« Parce que toi tu prends toujours tout ! »
Le parent s'approche. Tout en lui a envie d'aller vite, de nommer un coupable, de séparer, de retrouver le calme, surtout un jour de vacances où l'on espérait souffler un peu. Mais au lieu de chercher qui a tort, il commence par mettre des mots sur ce que chacun traverse.
« J'entends que tu es en colère : tu voulais encore jouer avec les personnages. »
Puis, vers l'autre :
« Et toi, tu avais envie de les prendre maintenant, c'est ça ? »
Nommer l'émotion, reformuler ce que l'enfant vit, sans juger ni prendre parti : c'est ce que Thomas Gordon appelle l'écoute active. Rien de spectaculaire et pourtant, peu à peu, chacun se sent entendu. La tension redescend d'un cran, juste assez pour permettre la réflexion.
Le parent poursuit :
« Vous avez tous les deux une bonne raison de vouloir ces personnages. Quelles idées auriez-vous pour que chacun y trouve son compte ? »
Au début, les idées fusent, et il est important à ce stade de les laisser émerger sans intervenir.
« Je garde tout ! »
« Ben non, c'est moi ! »
Puis, doucement, d'autres surgissent.
« On peut faire une équipe ? »
« On met un minuteur ? »
« On les partage ? »
Le parent ne décide pas à leur place. Il accompagne la recherche d'une solution qui convienne à chacun, ce que Thomas Gordon nomme :
la résolution de conflits sans perdant.
Plus qu'un conflit résolu
Il ne s'agit pas seulement ici de sortir du rapport de force, mais de permettre aux enfants de développer progressivement

des compétences qui leur serviront toute leur vie :
écouter le point de vue de l'autre;
exprimer leurs besoins sans attaquer;
chercher des solutions créatives;
coopérer plutôt que gagner.
Ils découvrent qu'un désaccord n'oblige pas forcément quelqu'un à perdre.
Cette manière de faire demande, c'est vrai, un peu plus de temps que de trancher pour eux. Mais ce temps-là n'est pas perdu: peu à peu, les enfants apprennent à se débrouiller seuls face à leurs désaccords.
Jusqu'au jour où on les surprend à négocier entre eux, sans qu'on ait eu besoin de s'en mêler.
Apprendre à composer ensemble
Les disputes de fratrie ne sont pas forcément le signe que quelque chose ne va pas à la maison. Elles font pleinement partie de la relation entre frères et soeurs.
Le contexte des vacances d'été est particulier. La famille est réunie pour un temps donné… Un temps suspendu. Et si c'était là l'occasion d'apprendre à composer les uns avec les autres... L'occasion de transformer ainsi les inévitables accrochages en petits ajustements du vivre ensemble.
Et s’il suffisait d’un changement de regard ?
Venez muscler vos compétences en participant à un atelier Gordon.












Commentaires