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  • Camille G.

Instruction obligatoire dès 3 ans : une réelle avancée ?

Alors que dans la plupart des pays européens l'âge rendant l'instruction obligatoire est arrêté à 6 ans, comme jusque récemment chez nous, l'assemblée nationale vient de voter un abaissement à 3 ans. Les raisons évoquées sont principalement une volonté de limiter les disparités constatées dans les milieux défavorisés ainsi que la lutte contre le fondamentalisme religieux. A qui profite cette décision ? Certainement pas aux enfants. Un des fondamentaux du développement de l'enfant est la figure d'attachement et le nécessité de grandir dans un environnement sécure pour se construire. Il m'arrive encore aujourd'hui d'entendre « Si tu le prends dans tes bras, il va s'habituer et après, tu es foutu.e ! » c'est oublier que depuis les années 1950 avec les travaux de John Bowlby et l'apport scientifique récent des neuro-sciences, la théorie de l'attachement n'est plus à démontrer. C'est grâce à cette base sécure qu'un enfant se sent suffisamment en confiance pour aller explorer le monde. Et paradoxalement, c'est en sachant que son parent sera toujours là que l'enfant s'autorisera plus facilement à expérimenter, vivre ses propres aventures. Par ailleurs, d'autres études convergent dans une même direction : l'importance du jeu ! Plus l'enfant joue et s'amuse, plus il a envie d'apprendre, de découvrir. La découverte du monde est un apprentissage infini pour les enfants, et c'est un phénomène naturel ! Une étude parue en 2015 au Danemark démontre que retarder d'un an l'âge de scolarisation des enfants entraîne une baisse des comportements d'hyperactivité de près de 73% ainsi qu'une meilleure auto-régulation du comportement. Ces bénéfices se font ressentir chez les enfants jusqu'à l'âge de 11 ans ! On peut donc se poser la question de savoir quel(s) est (sont) les véritables enjeux de rendre l'instruction obligatoire dès 3 ans. Une réelle lutte contre les disparités et le fondamentalisme religieux aurait pu être de proposer de réels moyens aux structures d'accueil des tout-petits, de revoir à la baisse les taux d'encadrement des enfants, d'avoir une vraie politique de soutien à la parentalité, de donner les moyens aux professionnels de l'enfance de pouvoir accueillir les enfants dans des conditions optimales. Il faudrait aussi que les parents puissent avoir un vrai choix quant au mode de garde, ainsi que la possibilité de prendre un congé parental. Un vrai choix qui ne soit pas dicté par un impératif financier. Bien entendu, il est plus compliqué de mettre en place une organisation qui tienne compte des rythmes des enfants, de leurs évolutions personnelles, de leurs aspirations et intérêts. Pour cela il faut avoir de nombreuses structures, avec du personnel formé à la bientraitance éducative. Evidemment, tout cela demande une réelle volonté, un réel investissement. Je reste persuadée que c'est cependant par là qu'il nous faut commencer si nous voulons accompagner aux mieux les adultes de demain. Donner les moyens aux parents et aux professionnels les ressources et soutiens nécessaires pour accompagner au mieux les enfants, en ayant confiance en leurs capacités naturelles d'apprentissage, en donnant aux structures les moyens de mettre en place des projets qui donnent du sens et de l'intérêt à se rendre dans ces structures. Il est temps, me semble-t-il, de réaliser que plus nous donnerons un cadre sécure à l'enfant, en ayant confiance en ses capacités d'exploration, d'apprentissage, en étant là pour l'accompagner sans faire à sa place, en le laissant prendre ses propres décisions et assumer les conséquences, en connaissance de cause, mieux nous serons en capacité d'en faire des adultes responsables, sachant prendre des décisions et en assumer les conséquences. Ecrit par Camille Goeusse, formatrice Gordon - lpcdc.fr