L'adolescence, une période charnière dans la construction de la relation

Lorsque nous avons réfléchi avec l’équipe communication aux différentes thématiques que nous souhaitions aborder dans les newsletter, la question de la relation parent/ado est arrivée assez vite. Étant moi-même en famille recomposée et maman de 4 adolescentes, je me suis dit que j’aimerais vous partager mes plus récentes réflexions et prises de conscience sur la relation que j’entretiens avec ces adolescentes et jeunes adultes.

Une tempête vécue d'abord par eux
Il est effectivement assez courant d’entendre que l’adolescence est une période qui met les parents à rude épreuve et on oublie assez souvent que les premiers à vivre cette période transitoire, à l’intérieur comme à l’extérieur, ce sont justement les adolescents eux-mêmes.

Je ne suis pas certaine que nous nous rendions bien compte de la tempête que la puberté apporte avec son déferlement hormonal.
Que ce soit sur le plan physique ou psychique, tout est ballotté, remis en question et ce sont ces mouvements internes et externes qui vont permettre à l’enfant de construire son propre cadre de référence, faire le tri dans les valeurs auxquelles il adhère et celles qui ne lui conviennent pas en faisant aussi des expériences plus ou moins heureuses.
Qu’on le veuille ou non, cette étape de vie aura lieu.
Dès lors, la seule chose sur laquelle nous pouvons agir sera notre façon de l’accompagner.
Et vous verrez, en lisant cet article, que même un parent formateur Gordon fera face à des situations qui ne manqueront pas de le mettre en difficulté.
Heureusement, des outils existent pour nous aider à traverser ça.
La relation comme un élastique
J’explique souvent aux parents que la période de l’adolescence a cette particularité de venir remettre la relation en question, et ce, même lorsqu’on a choisi de ne pas vivre une relation “autoritaire” avec son enfant. Je visualise cette période relationnelle comme un élastique qui serait mis sous tension.
En tant que parent, si nous sommes capables de gérer ces variations de tension en faisant de notre mieux en laissant un peu de mou à certains moments, en étant présent et en état d’accueil à d’autres, tout en gardant cette possibilité de nous positionner clairement quand un comportement ne nous convient pas, la tension de l’élastique va globalement rester stable et solide.
Mais si moi, parent, je tire constamment dessus avec des remarques, des questions, du contrôle, des critiques, l’élastique pourrait bien craquer. Et de l’autre côté de l’élastique, c’est pareil. Si, en tant que parent, je suis continuellement critiqué, qu’on me reproche de ne jamais en faire assez alors que j’ai l’impression de faire mon maximum et de m’épuiser pour mon enfant sans avoir aucune reconnaissance, l’élastique a tout autant de risques de casser.
L'écoute active, premier outil de la trousse
C’est pour cela que le premier outil de notre trousse Gordon, l’écoute active, est partagé dès le début des ateliers. C’est cette capacité à écouter, accueillir sans juger, rejoindre l’autre personne dans ce qu’elle vit et ressent, dans sa réalité, dans son monde !
Car s’il y a bien une chose universelle, c’est que même si nous avons été nous même adolescents un jour, l’évolution de la société fait que notre adolescence est différente de la leur. Et attention à ne pas glisser dans le vieil adage “c’était mieux avant !” car une chose est certaine : nos enfants n’ont pas choisi la société dans laquelle ils doivent évoluer aujourd’hui.
Je dois reconnaître que c’est un premier travail de renforcement musculaire de l’écoute active quand on réalise à quel point la façon d’être en relation, entre adolescents aujourd’hui, n’a rien à voir avec la façon dont nous étions en relation à notre époque.
Et si je fais constamment des comparaisons avec ce que j’ai vécu ou comment je perçois la réalité et ma vision des choses, il va m’être difficile, d’une part, de me relier à la réalité de mon ado, et d’autre part, il risque d’arrêter de me parler assez rapidement puisque “de toutes façons, tu comprends jamais rien”
Je vous le dis, comme une note à moi-même, l’un des secrets de la relation avec les adolescents est de rester à l’écoute. Si mes ados ont besoin de mon avis, de mon expérience ou de mes souvenirs, elles sauront bien venir me voir pour me demander.
Entre maturité et nonchalance
Une autre chose que je trouve difficile dans l’adolescence, c’est cet écart entre une forme de maturité de réflexion et une sorte de manque d’anticipation. Les adolescents veulent vivre leur vie, faire leurs propres choix et on a parfois l’impression qu’ils ont régressé en termes d’autonomie organisationnelle. Le linge sale qui s'accumule, la flemme qui dicte une forme de nonchalance jusqu’ici inconnue, ou plutôt interdite pour les générations précédentes et qui vient heurter de plein fouet nos impératifs du quotidien.
Là encore, être en capacité d’écouter ET d’affirmer nos propres besoins sera une aide précieuse pour prendre soin de la relation.
Renoncer au pouvoir
Plus récemment, je pense que ma grande prise de conscience a vraiment été de réaliser que je n’avais plus de pouvoir, en tant que tel, sur mes filles. Laissez-moi vous expliquer. Cela fait maintenant plus de 16 ans que je réfléchis à cette notion de pouvoir dans la relation. Quelle qu’elle soit.
Que ce soit au travail, dans la vie de tous les jours ou au sein de la famille.
Mais cette réflexion a bien commencé ici, dans le cadre de ma relation avec mes enfants. Lorsque j’ai pris conscience qu’il m’était insupportable d’envisager que mes filles aient peur de moi, il m’a fallu reconsidérer ma façon d’être en relation.
Si je décide de ne plus utiliser la punition, comment vais-je faire pour construire une relation qui prenne soin des besoins de mes filles, tout en prenant soin de mes besoins ? C’est donc assez naturellement (mais pas facilement) que j’ai reconsidéré le pouvoir comme élément accessoire dans la relation. Non essentiel. Mes filles ont donc pu évoluer et faire leurs propres expériences sans crainte d’une menace punitive.
La majorité, un soulagement inattendu
Mais quelque chose est arrivé. Une chose qui s’appelle la majorité. Hé bien croyez-le ou non, mais même en élevant ses enfants en les responsabilisant de façon autonome, la majorité vient porter sur le plan légal cette responsabilité. Et dans ma tête, c’est un peu comme un soulagement.
La voici, cette prise de conscience : j’ai réalisé que quels que soient les apports donnés à mes enfants, je n’ai pas la responsabilité totale de leurs choix.
J’ai la responsabilité de prendre soin de la relation pour la partie qui me concerne, mais je ne suis pas responsable de la totalité de la relation. J’ai la main sur ce qui est important pour moi, et j’ai aussi la responsabilité d’en prendre soin, mais je ne peux pas faire plus.
Vers une relation choisie
Cela me soulage car cela me permet de réfléchir à une nouvelle évolution de la relation, en m’autorisant à penser davantage à moi. Ce temps que mon enfant/ado/adulte passe avec ses amis me permet de prendre du temps pour moi et nous pouvons décider ensemble de quels moments nous souhaitons partager. Notre relation devient choisie.

Selon la qualité de la relation, celle-ci pourra nous apporter de la satisfaction et des temps précieux de partage d’adulte à adulte.
Il est toujours temps
L’adolescence, je crois, c’est la période qui peut inscrire dans le temps le type de relation que nous allons construire avec nos enfants. C’est ce qui fait que parfois, certains jeunes attendent avec impatience la possibilité de partir, pour ne plus subir. Mon côté optimiste me fait dire qu’il est toujours temps de rattraper une relation, pour peu que les 2 en aient envie et soient prêts à remettre les choses sur le tapis pour en faire le tri.
Et pour cela, l’écoute active sera une fois de plus un outil précieux. Pour tous les autres, la vie a de cela merveilleux que même si on ne choisit pas sa famille, on peut toujours choisir de se créer un cercle amical pourvoyeur de belles relations authentiques et construire sa famille de cœur.
Prenez soin de vous et des relations importantes pour vous,
Venez muscler vos compétences en participant à un atelier Gordon.












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