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  • Antoine Edelist

Rester bienveillant.e avec les autres parents


Cet été, profitant de vacances à la mer, j’ai pu observer une famille sur la plage.

Un enfant jouait avec le sable et faisait un château fort.

Après avoir construit les remparts, puis le château, il cherchait à créer une issue de secours, secrète, et entreprit de creuser un trou de l’enceinte intérieure vers l’extérieur des remparts.

Il s’est adressé à son père pour lui demander si c’était faisable.

Son père lui répondit que ce n’était pas possible, qu’il lui fallait un bras beaucoup plus long, voire un outil comme un manche à balai pour faire ce trou. Il se montrait catégorique sur le fait que dans les conditions actuelles, son fils n’y arriverait pas.

Je me suis interrogé sur ma perception. Est-ce que ce père utilisait cette méthode pour inciter son fils à se dépasser ? Est-ce qu’il croyait vraiment que ce n'était pas possible ?

Et je me suis demandé comment il aurait pu répondre à son fils autrement.

Nous sommes nombreux à utiliser des obstacles à la communication, ces obstacles qui nous coupent de l’autre d'après Thomas Gordon. Ici l'obstacle à la communication que le père a utilisé est « argumenter, conseiller par la logique ».


Thomas Gordon nous montre que lorsque l’autre a un problème, on peut utiliser l’écoute active afin de l’aider à résoudre son problème et non d’essayer de résoudre le problème de l’autre à sa place. Il aurait pu lui dire par exemple : « Tu as un doute sur le fait que tu puisses arriver de l’autre côté ? », puis lui proposer son aide et, en fonction de la réponse de son fils, l’accompagner à trouver des solutions.


***


Quand ce père est arrivé sur la plage, je l’avais senti « emprunté », « embarrassé » . Comme s’il n’avait pas l’habitude, comme s’il hésitait. J’ai eu le sentiment qu’il ne savait pas comment être avec ses enfants.

Tout en me faisant cette réflexion intérieure, je me rendais compte que c’était ma “fenêtre de perception”, ma façon de voir la scène. Un autre aurait pu voir cela différemment. Je n’étais pas en train d’observer la scène de manière neutre et sans filtre. Je regardais la scène avec mon propre regard, mon histoire, ma sensibilité… Et finalement j’étais rentré dans une forme de jugement.


Je me suis rappelé que lorsque j’entends mon enfant « juger » une personne par son comportement ou, plutôt, définir une personne par son comportement de façon négative, je lui propose de jouer à imaginer toutes les « bonnes raisons » pour lesquelles la personne qu’il a observée se comporte ainsi. Cela permet ainsi de prendre du recul avec sa vision et son rapport au monde. Je change de “lunettes” et je deviens plus compréhensif, plus empathique, plus accueillant de l’autre et de sa manière d’être.


Ce père qui m'a semblé, à première vue, "mal à l'aise" avec son fils... qu'en est-il réellement ? Il y a peut-être d'autres raisons à son attitude... aurait-il de très mauvais souvenirs de vacances à la plage ? Ou est-il préoccupé par tout autre chose... par un souci professionnel, la santé d’un proche… peut-être qu'il ne supporte pas le soleil, ou qu’il a un problème de santé ? Nous ne le saurons jamais, ce ne sont que quelques hypothèses parmi des milliers possibles !


Je me suis vu en train de regarder la scène et de l’interpréter avec ma vision du monde, voire la juger. J’ai pris du recul et je me suis dit que Thomas Gordon n’enseignait pas la “fenêtre de perception” pour nous juger les uns les autres, mais pour nous aider à être en relation et se respecter. Il voulait donner des outils pour que nous puissions être plus en paix dans nos relations et dans notre regard envers le monde !

Je remercie cette personne de m’avoir permis cette prise de conscience, ce rappel de l’Approche Gordon.


Ce que nous voyons, ce que nous observons peut être décrit de manière factuelle. Et interprété de mille et une façons seulement par notre regard, notre vision personnelle. Et prendre le temps de différencier les deux est une clé très importante pour faciliter nos relations et nos interactions !

Antoine Edelist, formateur Gordon


Ps: voici la fin de l'histoire de ce château fort : Peu de temps après avoir entendu le père lui dire qu'il n'y arriverait pas, l’enfant qui avait réussi à creuser son trou criait de joie. Et son père prit alors son fils par les épaules pour le féliciter : « Tu as réussi l’impossible, bravo je suis fier de toi ! ».